Vincent Meessen au Centre Pompidou

From 20 March 18:00 to 28 May 19:00 - Centre Georges Pompidou

Place Georges-Pompidou, 75004 Paris,

Le travail de Vincent Meessen tisse des constellations d’acteurs, de gestes et de signes qui entretiennent une relation polémique et sensible à l’écriture de l’Histoire et à l’occidentalisation des imaginaires. Il décentre et multiplie les perspectives pour mesurer l’impact de la modernité coloniale sur la fabrique des subjectivités contemporaines.

Plus d’informations ici. Dans Omar en mai, les divers travaux (filmiques, sculpturaux, graphiques) proposent autant de lignes de fuite à la réification d’un Mai 68 parisien en s’intéressant au potentiel contenu dans celui qui le précéda à Kinshasa, et dans celui qui s’inscrivit dans son immédiat prolongement à Dakar. Tant au Congo qu’au Sénégal, Meessen pointe l’influence incidente et souterraine de l’Internationale situationniste. Dans l’installation audio-visuelle One.Two.Three, créée pour la Biennale de Venise en 2015, de jeunes musiciennes kinoises tentent de s’accorder en vue de jouer un chant révolutionnaire écrit en Mai 68 par Mbelolo ya Mpiku, militant congolais affilié à l’Internationale situationniste. Alors qu’en plein tournage éclate une violente insurrection, la radio donne le nombre d’étudiants et de manifestants tombant sous les balles des forces anti-émeutes. L’exposition est construite en plusieurs séquences. CinémaOmarx, rassemble les sources et références utilisées dans le projet de long métrage initié par l’artiste à Dakar en mai dernier. L’une des pièces de ce puzzle est intitulée Juste un Mouvement, préfiguration du film spécialement conçue pour cette exposition. Vincent Meessen y prend à témoin La Chinoise de Jean-Luc Godard. Traité comme matière documentaire sur son époque, le film de Godard permet de mettre à l’épreuve le format du film-essai au présent. Dans cette relecture en forme de spirale, Meessen s’intéresse aussi aux rapports entre l’intrigue du film de Godard et le destin tragique d’un des ses comédiens : Omar Blondin Diop. Seul militant maoïste, jouant son propre rôle dans La Chinoise, Omar Diop fut ensuite une figure influente de l’avant-garde politique et artistique dakaroise. Malgré son absence, il tient ici le premier rôle. Vincent Meessen remonte le film d’hier et le rejoue en partie pour parler à « l’imparfait du présent » : celui qui va de l’analyse du contexte de la fabrication du film de Godard à la fabrication de ce film-ci, un film « en train de se refaire » dans les lieux même d’une histoire traumatique : la maison de famille Diop, la prison de Gorée – ce dernier lieu étant celui de la mort en captivité d’Omar, victime de la répression du régime de Léopold Sédar Senghor, hantise toujours bien actuelle de la scène politique sénégalaise contemporaine. Meessen actualise de manière libre et critique et tente un processus de reconfiguration plus large. En recourant à des formes abstraites ou en agençant des archives publiques et confidentielles, des extraits d’informations télévisées d’époque avec des films d’artistes invités, il fait de cette exposition une opération de récursivité critique située non seulement dans l’espace prospectif de l’institution – la bien nommée Galerie zéro – mais aussi dans son temps long. Le Centre Pompidou est ici ramené à sa propre inauguration officielle en présence de Mobutu et Senghor, au nom propre de son père fondateur, ami intime du Président Senghor, et à l’influence indirecte de la visite officielle de Pompidou à Dakar en 1971 sur la fin tragique d’Omar Diop. Enfin, le Centre Pompidou accueille à cette occasion et pour la première fois les travaux d’un des artistes africains les plus importants de sa génération : Issa Samb (alias Joe Ouakam), co-fondateur du Laboratoire AGIT’art décédé récemment, et « le seul homme libre de Dakar » selon les mots de son ancien ami et mentor : Omar Diop.

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