FRART Dramaturgies (anti)coloniales, Histoire du théâtre et colonisation
- Créateur·ice : Karim Daher
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FRART Dramaturgies (anti)coloniales, Histoire du théâtre et colonisation — 3. Introduction
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- tags: théâtre, colonialisation, œuvres dramatiques, pratique du jeu, histoire du théâtre, classique, colonialism, theater history, roleplaying, colonial studies
Dramaturgies (anti)coloniales, Histoire du théâtre et colonisation, est une recherche autour de plusieurs auteurices européen·nes dont les dramaturgies se sont inscrites dans l'histoire coloniale, que ce soit au travers de pièces directement inspirées d’événements liés aux colonies (La Tempête de Shakespeare ; Les pièces de Bagnes de Cervantès) ou s'inscrivant en opposition aux représentations classiques des peuples colonisés (Aimé Césaire ; Kateb Yacine).
Comment l'Art européen, et précisément le théâtre, s'est-il appuyé sur des représentations d'un Autre inférieur, dont la culture autant que la vie était méprisée ? Comment l'histoire coloniale s'est-elle insinuée dans nos représentations, entraînant une série de clichés exotiques et racistes ? Et d'abord, qu'est-ce que le racisme, le raciste ?
Selon Achille Mbembe, dans Critique de la Raison Nègre le raciste est celui pour qui "voir un Nègre, c'est ne pas voir qu'il n'est pas là ; qu'il n'existe pas ; qu'il n'est que le point de fixation pathologique d'une absence de relation. La race, il nous faut donc la considérer comme étant à la fois un en deça et un au-delà de l'être. Elle est une opération de l'imaginaire, le lieu de la rencontre avec la part d'ombre et les régions obscures de l'inconscient.". La colonisation opère un renversement de l'humanité, en faisant littéralement disparaître celui ou celle en face de soi, en raison d'une imaginaire complètement saturé d'informations contradictoires et automatiques. Le théâtre, qui est un art européen, n'est pas exempté de ses représentations, voire les naturalisent. Les dramaturgies d'auteurices occidentales·aux travaille donc d'abord à invisibilisé un personnage, même s'il est présent. Jouer, dans ce contexte, jouer au sens dramatique du terme, c'est donc d'abord ne pas voire celui ou celle qui est en face de nous, en lui plaquant une représentation qui n'existe pas. La littérature dramatique anti-colonial, face à cet état de fait, propose une réponse qui prend diverses formes dans l'histoire du théâtre, mais revendique une humanité partagée, gagnée au fil des luttes et des formes, en instaurant une présence de l'Autre là où il ne devrait pas.
Aujourd'hui, le théâtre est mû par des questions d'identités complexes, ou la simple présence d'une personne racisée suffit à faire taire des questionnements et des débats nécessaires. Il serait dangereux de penser que s'arrêter aux politiques de diversités dans les théâtres ou sur nos scènes suffiraient à résoudre la question coloniale, même s'il est nécessaire qu'ils en existent. La citation d'Achille Mbembe prouve que la présence d'une personne racisé.e n'est pas tellement un problème, c'est le regard que l'on pose sur lui, c'est la manière dont on le traite. Le rôle du racisé.e sur un plateau restent cantonné.e à des représentations satisfaisantes pour un public blanc, liés à des histoires personnelles ou des rôles persistants (le·la migrant·e ; le·la jeune de banlieue ; le·la révolté·e). Cela parce que le regard que le public porte sur des acteurices, ou sur les formes que proposent des artistes, reste, malgré tout, englué dans des représentations coloniales. La fin des Empires n'a pas signé la fin de notre inconscient.
L'héritage d'une large littérature dramatique d'auteur.ice.s issues d'anciennes colonies permet de voir que la diversité des écritures, des dramaturgies et des manières de les interpréter n'est pas le problème, car tout cela existe. Néanmoins, la validité des questions qu'ils·elles se posent est toujours remise en question. En effet, leurs textes seraient "leurs problèmes" comme si l'écriture et le théâtre européen résistait encore et toujours à ce qu'une transformation profonde de ses institutions viennent avant tout, d'artistes pour qui la question politique est intiment liées à la question théâtral et qui voit le théâtre comme un lieu de lutte pour l'égalité, sans renier poésie, audace des formes et questionnements sur ce que faire du théâtre veut dire.
Le but de cette recherche est qu'à partir des matériaux cités, je tente de saisir la manière dont les dramaturgies d'artistes de divers horizons répondent à des besoins de représentations et d'imaginaires politiques qui impliquent des interprétations de jeu différentes. Quelles sont les formes que les uns et les autres choisissent et pourquoi ? De quelle manière, le public, son regard et son bagage culturel travaillent des œuvres et pourquoi ? Enfin, dans ce contexte, quelle place pour les acteurices racisé·es, qui souvent cantonnés à devoir satisfaire l'automaticité d'une représentation, se retrouve finalement, toujours enfermé dans une image qui ne leur correspondent pas ? Car malgré les besoins et les nécessites de ces artistes de ne pas l'être, il se trouve que l'industrie théâtrale est désormais friande de spectacles où la présence d'une diversité empêche que les véritables problématiques soient abordées de front, sans concessions ni demi-mesure.
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FRART Dramaturgies (anti)coloniales, Histoire du théâtre et colonisation — 5. image 4
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