FRART Pylône, marais et algorithme
- Créateur·ice : Olivier Burlet
FRART Pylône, marais et algorithme — 1. Introduction
- Author : Olivier Burlet
- ref: /DOC-6701
Le projet de recherche propose d’explorer le processus créatif, la méthodologie, ainsi que les outils techniques et technologiques nécessaires pour mener un travail sensible sur un territoire spécifique, complexe et hybride. Cette démarche entrevoit de prendre en compte une multitude d’acteur·ices de ce territoire, qu’ils.elles soient humain·es ou non, vivant.es ou non, afin de capter les nouvelles formes d’alliances et de révéler les récits qui en émergent.
La recherche artistique s'articule autour de l'entrelacement des gestes propres à deux pratiques : le cinéma et la cartographie. Ensemble, elles permettent d’ouvrir un espace de pensée et de représentation qui dépasse les cadres habituels de perception et de visibilité.
Ces questionnements se sont imposés dès les prémices d'une recherche documentaire située au nord de la frontière franco-belge, autour du village des Moëres.
Ce paysage de polders, baigné de la lumière caractéristique du nord, par ses nuages profonds, ainsi que de l'activité agricole locale, évoque les tableaux des peintres flamands du XVIe siècle. Cependant, en l'observant de plus près, ce vaste marais révèle une tout autre réalité : Il s’est métamorphosé en un carrefour où se croisent une multitude de récits, entre autres, les parcours des migrant.es et les flux de données algorithmiques des traders à haute fréquence…
Les trajectoires qui s’y dessinent — humaines, non-humaines, matérielles, immatérielles — se croisent sans se rejoindre, les mouvements et contre-mouvements de ces différents acteur·ices du territoire ne s’inscrivent pas dans les mêmes logiques, ni dans les mêmes rythmes.
Le projet de recherche s’inscrit dans ce territoire trouble. Elle vise à révéler les récits des habitant·es qui coexistent dans cet espace, logés dans les sols, l’eau, les airs et à travers les différentes strates temporelles qui couvrent plusieurs siècles d’histoire du lieu. C’est un endroit où les protagonistes et les forces narratives incluent des éléments végétaux, chimiques, physiques, virtuels, etc. Par ces enchevêtrements, ce paysage est devenu hybride, troublant et souvent illisible. Le sentiment d’une désorientation s’installe, soulignant la nécessité de créer une nouvelle forme de rapport esthétique pour en comprendre la complexité. Une urgence semblable à celle décrite par le théoricien Fredric Jameson dans La Logique culturelle du capitalisme tardif. Dans le livre, Jameson développe l’impératif de développer de nouveaux organes, d’étendre notre sensorium et notre corps à de nouvelles dimensions encore inimaginables :
“Le monde extérieur n’est plus perceptible d’être cartographié. Ce phénomène caractéristique des réseaux de communication moderne est plus déconcertant et inquiétant quand il affecte l’environnement bâti”.
Sur le terrain, inspirée par la démarche contre-cartographique et par l’utilisation des instruments liés aux pratiques territoriales, la recherche propose de s’approprier, de transformer et de détourner les pratiques du cartographe, du topographe, du géographe, du biologiste et du cinéaste afin d’envisager, à l’aide d’une série d’outils et modèles conceptualisés lors de cette recherche, une nouvelle forme d’exploration de notre Terre et d’en révéler les nouvelles formes visuelles, narratives et esthétiques.