FRART Salle d’audition : Fantômes du RDA

FRART Salle d’audition : Fantômes du RDA1. Le tribunal de Grand-Bassam, Afrique Occidentale française

  • ref: /DOC-6328
  • images.jpg
  • Le tribunal de Grand-Bassam, Afrique Occidentale française, carte postale, 4FI-1219, Archives nationales du Sénégal, Dakar ; crédit photo : juillet 2023, ayoh kré Duchâtelet
  • image
  • 2.93 MB
  • download

FRART Salle d’audition : Fantômes du RDA2. Introduction

  • ref: /DOC-6324

Salle d’audition : fantômes du RDA est un projet de recherche en art sur les formes de restitution1, de montage et de transcription du récit d’un procès historique; celui des militants du Rassemblement Démocratique Africain (R.D.A.) qui se tient de 1948 à 1951, entre Abidjan, Dakar et Paris. Inspiré par la spatialité des dispositifs de justice transitionnelle2, le projet a pour objet d’explorer le rôle des archives dans la manière de penser les contentieux du «passé» colonial. Plus spécifiquement, la recherche porte sur 1) L’examen de ce qui dans les discours manifeste une relation étroite entre état politique et états affectifs3; 2) L’expérimentation de formes de (re)médiation4 de ces affects, hantises et survivances coloniales lors d’assemblées (de témoins) et d’installations (des preuves).

En déplaçant la notion de «montage», empruntée au cinéma et au théâtre, dans une pratique de l’installation documentaire et narrative, la recherche s’amorce avec une première question : à partir de quelle pensée du montage restituer la trame d’un récit polyphonique, entre voix du passé, du présent, histoire familiale et politique ?

Elle prend appui sur une méthodologie conceptuelle hybride; des propositions d’Ann-Laura Stoler d’un «traitement des archives comme exercice ethnographique»5 et d’une étude des relations entre affects et gouvernance coloniale; à la façon dont une approche diasporique des récits peut ouvrir des voix de résistance aux géographies coloniales6 et nationalismes postcoloniaux7. L’investigation est envisagée comme méthode heuristique8, d’une part, pour restituer la complexité d’une histoire fragmentaire et d’autre part, pour donner forme, à l’endroit de ses brèches, à des hypothèses sur ce qui aurait pu avoir lieu ou a vraisemblablement eut lieu.

1 Restituer est ici envisagé dans un sens double; rendre quelque chose qui aurait été volé et reconstituer un ensemble à l’aide de différents fragments.

2 Les Commissions de Vérité et de Réconciliation en Afrique du Sud, les Tribunaux communautaires villageois Gacaca au Rwanda, les Tribunaux autochtones au Canada... Ces lieux ont pour point commun, dans leurs modes de spatialisation, de favoriser la circulation de la parole et la pluralité des voix dans des processus de résolution de conflits, de réparation et de médiation.

3 Stoler A.-L. Au cœur de l’archive coloniale. Questions de méthode, Paris, EHESS, coll. «En temps & lieux», 2019, 392 p., préface d’Arlette Farge.

4 (Re)médiation fait référence à l’idée d’une médiation renouvelée. Le media/medium étant ici à la fois compris comme dispositif et corps par l’intermédiaire duquel l’invisible se matérialise. (voir à ce sujet H. Belting) Le mot fait aussi référence à un processus de guérison ou de décontamination.

5 A.L Stoler, Op cit.

6 A.A. Azoulay, La Résistance des bijoux. Contre les géographies coloniales, Sète, Ròt-bò-Krik, 2023.

7 M. Diouf, L’Afrique dans le temps du monde, Sète, Ròt-bò-Krik, 2023.

8 Heuristique: comme art de trouver et aussi comme art d’inventer.