Anne Penders
"Écrire : outil de pensée et œuvre en soi"

Penders Anne

1. Projet

« Les mots ont leur importance. Il est nécessaire d’en user avec une grande prudence. Le discours n’est jamais sans conséquences.
Un mauvais mot ou un mot juste prononcé au mauvais moment peut avoir des répercussions immédiates sur le réel. » [1]

Cette recherche interroge la place de l’écriture / la littérature dans un projet artistique, comme outil de pensée et œuvre en soi. Elle porte principalement sur la manière dont une œuvre artistique s’empare du dire de l’autre.
Elle s’occupera de l’écrit mais sera traversée d’oralité. Elle s’intéressera à la façon dont l’interprétation, le détournement, la compréhension de ce dire-là, au croisement des disciplines, peuvent faire « œuvre » et « sens ».
Elle questionnera leur devenir image / texte. L’être-texte de l’image. Leur temporalité.
Elle se développera selon deux axes intimement liés, profondément marqués par le territoire grec.

L’un, afto – un petit mot qui surgit partout dans la langue grecque –, approfondira les questions inhérentes au travail de la citation (comment la parole, l’écrit de l’autre, la traversée des langues, mis en texte, en forme, en voix, deviennent potentielle « œuvre » en soi). afto : c’est ça, une affirmation, une confirmation. Les choses comme elles sont.
Ce que l’on comprend. Si peu. Que voit-on ? Que sait-on, de « ça » ? Ça. Avec et sans accent (en français). Çà. Ce qui est là, ce qui naît du lieu. Le pouvoir révélateur du lieu, surtout, peut-être. Sa valeur d’oracle. [2]
L’être-là ne suffit pas.

L’autre, WASP, conduira le projet sur le terrain de la science en suivant le travail que la biologiste moléculaire Solenn Patalano mène actuellement sur la mémoire des abeilles. Quels rapports – au(x) territoire(s), au politique, au poétique – construire dans cet espace « entre » le littéraire/artistique et le scientifique ? Où, quand, comment les recherches peuvent elles se croiser ? se rejoindre ? se compléter ? qu’advient-il de/dans l’échange ?

En s’emparant du dire de l’autre, la recherche questionne sans doute surtout la place de l’écriture (de l’artiste ? du scientifique ?) dans un monde en lambeaux. À qui s’adresse-t-on ? quand ? où ? comment ? pourquoi ?
Doit-on sortir du livre ?

« Dans le cours de l’Histoire, il est des périodes où les mots sont plongés dans une nuit de silence : ceux qui les vénèrent les rangent alors, comme à regret, dans des urnes provisoires, attendant des temps meilleurs. En ces périodes, il faut être avare de paroles et riches en actes, préférer le langage des armes à l’arme du langage. (…). Jamais je n’en n’ai voulu aux mots de n’avoir pu abattre l’oppression : en rien, ils n’ont failli, tout au plus, ont-ils dû être déportés vers l’action muette. Un scarabée tombé sur le dos meurt si personne ne le redresse : l’écriture, la parole sont ce scarabée que les armes remettent à l’endroit. » [3]

[1] Dimitris Dimitriadis, Le vertige des animaux avant l’abattage, Besançon, Les Solitaires intempestifs, 2009, p.78.
[2] « Pourtant la réponse a déjà été donnée : l’oracle ne donne plus de réponses. » Kostas Axelos, Le destin de la Grèce moderne, Les Belles Lettres, Paris, 2013, p. 22.
[3] Véronique Bergen, « Aujourd’hui la révolution (4 extraits d’un roman à venir) », dans Contre-Attaques, perspective 2, Marseille, Al Dante / collectif, 2011, p. 303.

2. Rapport à mis-parcours