L’expérience de la folie : recherche et cinéma

Debauche Jen

(Porteur : INSAS) Cinéaste artisanale, Jen Debauche explore depuis une dizaine d’années divers procédés liés au traitement de la pellicule argentique au sein de laboratoires tels que LABO Bxl, l’Abominable (Paris) et le MTK (Grenoble). De nature collaborative, sa pratique est intimement liée au partage des connaissances et des savoirs autour du langage cinématographique et de ses supports. Le projet de recherche de l’auteur a pour sujet la folie, en tant qu’expérience aussi bien intime qu’universelle. Il vise à introduire un système de fonctionnement pluriel au sein d’une école, afin qu’étudiants et professeurs explorent ensemble ce thème et cherchent les formes les plus adaptées pour tenter de rendre compte de cette expérience humaine. Cette approche à la fois pratique et théorique ambitionne de décloisonner les catégories et de lutter contre les idées reçues quant à la maladie mentale, pour ouvrir au maximum le champ des possibles de l’expérimentation plastique. Elle souligne également l’importance de donner la parole aux personnes qui présentent des troubles psychiques rendant cette prise de parole socialement problématique. Au cours de ses recherches préliminaires, l’auteure s’emploiera à déterminer certains enjeux formels qui répondent aux parallèles possibles entre folie et cinéma. Suite à quoi, une présentation du projet dans sa globalité sera faite à l’INSAS dans le but de désigner une équipe d’étudiants et de professeurs, motivés et volontaires. Des rencontres seront également prévues avec plusieurs intervenants : psychiatres, photographes, cinéastes expérimentaux, créateurs sonores, écrivains et philosophes afin d’alimenter la réflexion. Un accompagnement particulier permettra d’aider l’étudiant à cerner les enjeux de sa démarche et à encadrer le travail. En plus de ces temps de rencontres, des workshops au sein de LABO Bxl serviront à initier les étudiants au processus argentique. Chaque participant sera autonome au moment du tournage et se verra doté d’une certaine quantité de pellicule dont il aura l’usage. Le montage et la finalisation des projets, de même que leur présentation finale aura lieu au sein de l’école, en fin d’année. D’un point de vue méthodologique, un cahier des charges sera établi d’entrée de jeu afin de guider la recherche. Plusieurs propositions, dont l’utilisation d’une caméra BOLEX, impliquant un travail du son à part, permettront d’entrelacer différentes couches de temporalités. Une autre suggestion sera d’introduire le processus de fabrication du film dans le film lui-même afin de rendre visible la diégèse. Cette donnée permettra de faire apparaître le parallèle possible entre la question de la normalité psychique et de la norme au cinéma. Par ailleurs, le fait de révéler des éléments extradiégétiques est une manière de réfléchir au médium film, aux nuances et aux équations qu’exige une réflexion politique et philosophique sur l’expérience de la folie. Cette approche permettra de révéler les liens qui s’établissent d’une part entre les supports digitaux et la pellicule argentique (et son traitement chimique) et d’autre part la psychiatrie classique (et son traitement chimique) et la psychiatrie alternative. C’est ainsi que ce projet de recherche laisse apparaître sa contribution aux progrès sociétaux et éthiques dans une société du savoir et du sensible.